mardi, octobre 18, 2005

Chère solitude

Dans mon service, le "mon" ne signifie pas que je suis chef de service mais seulement que c’est mon lieu d’affectation, donc, dans ce service auquel j’appartiens en troufion de seconde zone, il y a une secrétaire. Jusque là, la révélation ne va pas transcender la face de la planète. Simplement, on peut dire que l’on a affaire à l’archétype de la mégère : elle râle tout le temps, contre tout et n’importe quoi. N’a-t-elle pas demandé, très officiellement, suite au déménagement, à finir à 17 heures moins le quart car il lui fallait dorénavant 10 minutes pour se rendre au parking ! Après trois tentatives avortées, elle vient enfin de dégoter le vieux de ses rêves, c’est à dire plein aux as, qu’elle s’empresse d’épouser, elle a 55 ans, lui 75, il lui a déjà payé le coupé 307 (tu sais le poisson rouge aux grands pieds, celui dont tu rêves). Enfin, bref, on peut dire que je ne partirais pas en vacances avec elle. D’ailleurs tous les ans, elle part 21 jours en cure mais avant elle prend 15 jours de congés maladie pour préparer la cure et au retour 10 jours pour se remettre de la cure. Dans des cas comme cela, vous comprendrez pourquoi parfois j’ai honte de dire que je suis fonctionnaire !
Jusqu’à ces derniers jours, je me tenais très éloignée de ce personnage, au plus " bonjour, bonsoir, tu as ma feuille de congés " et basta !
Mais voilà, les matins où Charlemagne n’est pas là, je gare ma voiture dans le parking de la firme (raison : aucune envie de finir en pitance pour Pitbull), prends un café à la cafétéria de la dite firme avant d’avaler les 10mn de marche à pied pour me rendre à mon nouveau bureau. Hier, horreur absolue, la secrétaire me hèle dans la cafèt avec un air de deux airs : " viens, assieds toi, prends le café avec moi ". Elle me dit cela comme si j’étais une gamine que les parents viennent d’abandonner. Ce qui m’énerve, c'est qu’il est impossible dans cette société de vivre seul : au mieux, on est considéré comme une pauvre fille que personne ne veut fréquenter, au pire comme une handicapée sociale. Les gens ont du mal à comprendre que la solitude est un plaisir, voire même, un luxe.
Donc, elle prend son air de pitié mièvre auquel, par négligence, je n’ai pu que répondre que " oui ", je prendrais le café avec elle. Cependant, je n’avais pas vu venir l’arnaque "mon bureau est triste, d’ailleurs, je me suis amenée une plante pour l’égayer , mais avec mon cœur, je ne peux pas la porter alors je la laisse, j’espère qu’un huissier pourra venir me la chercher ". Je suis une bonne poire et je me suis entendue lui dire " si tu veux, je te la porte ". Et je me suis retrouvée avec un truc hyper lourd à me trimballer dans les allées du petit parc. Je suis arrivée en nage et néanmoins souriante " non, c’est pas lourd, c’est d’ailleurs pour cela que je change de bras tous les dix pas, je sens que j’en ai un qui s’allonge plus que l’autre ". Grrrrr.
Le pire c’est que ce matin, elle me dit " je t’ai attendu et puis je suis partie voyant que tu n’arrivais pas ". Depuis, l’histoire du pot de fleurs, elle est avec moi d’une condescendance qui frise le ridicule. Dès que j’ouvre la bouche, elle se pâme comme si je venais de solutionner le théorème de Fermat. Et moi, en désaccord total avec ce qu’elle représente, j’ai l’impression de tomber dans la gueule du loup.
Donc, demain matin : mettre un imperméable vert (j’ai), des lunettes noires (j’ai) et une perruque blonde (j’ai pas) pour pouvoir prendre mon café PENARDE.

2 Comments:

Anonymous Chouchenn said...

est ce que la sorciere a pense a prendre ses jours pour mariage??? lol

10:50 AM  
Anonymous Anonyme said...

"La solitude est un plaisir, voire même, un luxe"... Je confirme, il y en a qui ne comprennent pas...
Joli ce nouvel environnement ;D

Didi

5:24 PM  

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